Les faits sont là et ils interrogent : à 40 km de l’arrivée de A Travers la Flandre, au pied de l’Eikenberg, Filippo Ganna signale un problème mécanique (un guidon cassé) et ralentit en queue de peloton. Wout van Aert en profite pour placer une attaque, rejoindre les échappés en tête de course et distancer de nombreux coureurs, dont Matthew Brennan, définitivement lâchés. Après l’Eikenberg, Ganna s’arrête au bord de la route pour effectuer un deuxième changement de vélo de la journée. Il reste immobilisé vingt secondes. Mais voilà : quatre kilomètres plus tard, les images télé le montrent en train de réintégrer la queue du peloton. Brennan, lui, ne le reverra jamais.

Une remontée qui interroge
Et c’est justement là que le doute est en train de s’installer. Combler plus de trente secondes en moins de quatre kilomètres sur un groupe qui roule à pleine puissance derrière Van Aert constitue une performance qui est difficile à justifier, même pour un rouleur de l’envergure de Ganna. La caméra moto présente lors du changement de vélo n’a pas suivi l’Italien dans sa remontée. Aucune vidéo amateur n’a circulé sur les réseaux sociaux. Ce qui avait été déterminant rappelons-le dans l’affaire similaire qui impliquait Axel Zingle à l’E3 et dont les images avaient poussé l’UCI à prononcer sa disqualification.
Quelques heures après l’arrivée, l’UCI a sanctionné Ganna d’une amende de 200 francs suisses pour « bidon collé », soit le fait d’être maintenu par une voiture d’équipe lors de son premier changement de vélo, en début de course. Mais pas pour celui de l’Eikenberg. La question reste donc entière : un comportement similaire lors du second changement, à un moment nettement plus décisif, aurait-il été sanctionné de la même façon ?
Un règlement à géométrie variable
Le règlement UCI distingue deux infractions : le « bidon collé », passible d’une amende de 200 francs suisses tandis que la « rétropoussée » (soit le fait d’être propulsé par une voiture) entraîne la même amende, assortie de quinze points UCI et d’un éventuel carton jaune. Dans les cas jugés graves ou répétés, une disqualification est même prévue. Entre ces deux extrêmes, la décision appartient aux commissaires présents sur les motos suiveuses. Et la frontière entre un bidon collé et une rétropoussée relève elle aussi de leur seule appréciation.
Ce flou réglementaire pose un problème, car les pratiques d’assistance après incident mécanique constituent une réalité tolérée du peloton, mais à condition de ne pas être filmées au mauvais moment. Ce sont donc les caméras (et non le règlement) qui déterminent la sanction. Une logique qui fragilise évidemment la crédibilité de l’institution et qui, dans le cas d’A Travers la Flandre, laisse planer un vrai doute sur cette victoire acquise à 150 m de la ligne.



