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Il faut remonter à 2007 et au triomphe de Christophe Moreau sur le Critérium du Dauphiné pour trouver trace d’un Français vainqueur d’une course par étapes au niveau World Tour. Dix-neuf ans. Une génération entière de coureurs n’a pas réussi ce que Paul Seixas vient d’accomplir au Tour du Pays basque à 19 ans. Le Lyonnais de l’équipe Decathlon CMA CGM a remporté le classement général avec 2 minutes et 30 secondes d’avance sur l’Allemand Florian Lipowitz (troisième du dernier Tour de France) après avoir raflé trois victoires d’étapes et les quatre maillots distinctifs de l’épreuve. C’est une démonstration, pas une victoire. Et la différence a son importance.

© Luis Angel Gomez / Sprintcyclingagency/Bettini/Photo News

Avec ce sixième succès en quatorze mois à peine dans le peloton professionnel, Seixas est aussi devenu le plus jeune coureur à s’imposer sur une course par étapes World Tour. Il efface Tadej Pogacar qui avait gagné le Tour de Californie à 20 ans en 2019. Les comparaisons qui circulent depuis quelques semaines ne font plus figure d’exagération. Christian Prudhomme, directeur du Tour de France, l’a dit sans détour : « un coureur comme Paul Seixas, on n’a pas vu ça en France depuis 50 ans », a-t-il affirmé.

Un prodige qui ne calcule pas

Ce qui frappe les observateurs, c’est la manière. Il ne calcule pas. Ce qu’il a fait, c’était gratuit. Il est parti dans une attaque au pur panache. À 19 ans, attaquer pour attaquer sur une course déjà pliée, sans raison tactique évidente c’est un signal. Pas de l’arrogance, une confiance qui ne se fabrique pas. Personne ne l’attendait à ce niveau là. Prendre le lead dans un contre-la-montre, puis dégoûter tout le monde le lendemain dans une attaque au long cours, voilà qui prouve que l’homme de 19 ans se connaît relativement bien.

Inévitablement, le nom de Remco Evenepoel revient. Il y a évidemment un emballement médiatique, comme on l’a connu en Belgique. La comparaison dit quelque chose sur l’ampleur du phénomène. Et elle dit aussi que la France n’avait plus rien vu de tel depuis longtemps.

© Luis Angel Gomez / Sprintcyclingagency/Bettini/Photo News

L’État dans le dossier

Seixas n’est sous contrat avec Decathlon CMA CGM que jusqu’en 2027. Et ça a naturellement suffit à mettre tout le peloton en alerte. Et il y a qui attendent au tournant. UAE Team Emirates, l’équipe de Tadej Pogacar, ne s’en cache pas. « Associer Pogacar et Seixas ? Ce serait plus qu’un rêve », a indiqué Mauro Gianetti, le directeur sportif de la formation. Le budget de Decathlon CMA CGM tourne autour de 40 millions d’euros en 2026. Suffisant ? Pas forcément, si le futur contrat devait avoisiner les 8 millions d’euros par an – le niveau de ce que perçoit Pogacar – selon les informations d’Eurosport Espagne.

C’est dans ce contexte qu’Emmanuel Macron serait personnellement intervenu auprès de l’équipe française, toujours selon le même média espagnol. Le chef de l’État aurait directement contacté le manager de Seixas pendant le Tour du Pays basque pour peser dans les négociations à venir. Le parallèle avec Kylian Mbappé est immédiat et même logique avec le même type d’appel présidentiel. Mais on sait aussi comment ce dossier-là s’est terminé : prolongation d’abord, Real de Madrid ensuite. Un coup de fil, même de tout en haut, ça ne garantit rien.

Le Tour et d’abord Huy

Avant la Grande Boucle, Seixas sera sur les classiques ardennaises. La Flèche Wallonne le 22 avril, Liège-Bastogne-Liège le 26. Sur la Flèche, beaucoup s’attendent à ce qu’il soit l’homme à battre au sommet du mur de Huy. Pogacar n’est pas là. Seixas devient alors le favori numéro un. Pour Liège, la donne changera avec Evenepoel dans l’équation.

© Luis Angel Gomez / Sprintcyclingagency/Bettini/Photo News

Pour le Tour de France, la décision sera prise après ces deux courses. Le directeur du Tour, Prudhomme, a déjà fixé le cadre : « s’il vient, on ne lui en voudra pas, mais alors pas du tout du tout », a-t-il dit sur RMC. Mais au final, c’est Seixas qui décidera s’il se sent prêt ou pas. Un adolescent qui gère son propre agenda dans le peloton mondial. Ça aussi, c’est un (bon) signe.

Une génération qui commence

La France attendait ça depuis Bernard Hinault sur le Tour en 1985, depuis Laurent Jalabert au Pays basque en 1999, et, évidemment, depuis Moreau au Dauphiné en 2007. À chaque fois, le vide qui a suivi était plus long et plus pesant. Il faudra voir si ce prodige arrive à ouvrir un nouveau dossier historique. À 19 ans, avec six victoires en quatorze mois et un peloton mondial déjà à ses pieds, la question n’est plus de savoir s’il peut gagner le Tour de France. C’est plutôt une question de calendrier.

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Cyclisme

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