Pour Carlos Alcaraz, la blessure au poignet droit s’est déclarée à Barcelone lors d’un premier tour qui n’avait l’air de rien. Et les examens ont confirmé ce que le staff redoutait : c’est plus sérieux qu’une gêne passagère. Il est forfait à Madrid tandis que le tournoi de Rome est très compromis.
Ce qui frappe, c’est le discours d’Alcaraz lui-même. Aux Laureus Awards où il a reçu le prix de sportif de l’année, l’Espagnol n’a pas joué la comédie de l’optimisme. Il a posé les termes clairement : forcer pour Paris risquerait de compromettre la suite de sa carrière. L’alternative est brutale. Soit il se présente porte d’Auteuil sous médication lourde, tente de tenir sur cinq sets avec un poignet qui n’est pas à 100 % et risque d’aggraver une lésion qui pourrait devenir chronique, soit il laisse son corps récupérer et manque un Grand Chelem qu’il a gagné deux fois de suite. À 22 ans, les deux options font mal.

Si Alcaraz arrive à Paris, ce sera sans le moindre match sur terre battue depuis Monte-Carlo mi-avril. Et c’est un problème, car le coup droit à plat, l’accélération en fond de court et les frappes à l’épaule qui font sa supériorité dépendent d’un poignet sain. Ça ne sent donc pas très bon…
Sinner en héritier ?
La hiérarchie impose Jannik Sinner comme premier favori. Les arguments sont là : Indian Wells, Miami, Monte-Carlo cette saison et quatre des cinq derniers Masters 1000 remportés si l’on remonte à Paris en octobre. Il redevient numéro un mondial après avoir battu Alcaraz en finale à Monte-Carlo, mettant fin à la série de 14 victoires consécutives de l’Espagnol sur terre battue. Son palmarès compte quatre Grands Chelems. C’est la trajectoire d’un joueur qui a pris le pouvoir sur le circuit.

Mais Roland-Garros, il ne l’a jamais gagné. Et la finale 2025 a laissé une trace que les chiffres ne résument pas bien : menant deux sets à zéro, Sinner avait trois balles de titre à 5-3 dans le quatrième set et Alcaraz est revenu pour l’emporter au super tie-break du cinquième, après 5h29 de jeu. C’est le genre de match dont on ne sort pas totalement indemne. À Monte-Carlo, l’Italien a lui-même admis qu’il « réapprenait à jouer sur terre battue ». C’est honnête. Et ça dit aussi que Paris reste une autre histoire.
Zverev et Djokovic : les candidats permanents
Alexander Zverev est aussi sur la liste. Son profil sur terre battue est intéressant : troisième mondial, deux titres à Madrid, finaliste à Roland-Garros 2024 et quart-finaliste en 2025. Les arguments existent. Sauf que Zverev et les Grands Chelems, c’est une histoire qui dure depuis dix ans et qui n’a jamais bien fini. Finaliste à l’US Open 2020, finaliste porte d’Auteuil en 2024 : à chaque fois il est là et à chaque fois quelque chose lâche au moment décisif. Certes, l’absence d’Alcaraz ouvre des perspectives, mais les transformer en titre, c’est une autre affaire.

Djokovic, lui, n’était ni à Miami, ni à Monte-Carlo, ni à Madrid. À 38 ans, il gère son calendrier pour arriver frais dans les Grands Chelems, c’est sa stratégie depuis quelques saisons. On sait ce que ça donne : on le sous-estime souvent et il arrive quand même porte d’Auteuil avec 3 titres dans les jambes. Mais sa blessure à l’épaule reste une vraie inconnue. Le barrer d’un trait serait toutefois une erreur.

Roland-Garros 2026 : les outsiders qui ont des arguments
Restent les outsiders. Lorenzo Musetti défend 2.250 points sur cette séquence de printemps et possède les armes techniques (slice, amortie, variations) pour gêner n’importe qui sur cinq sets. Arthur Fils, vainqueur de Barcelone 2026, arrive lui aussi en confiance. Et Casper Ruud, tenant du titre à Madrid 2025, reste une autre valeur sûre.
La quinzaine de tous les dangers
Roland-Garros 2026 s’annonce comme le Grand Chelem le plus ouvert depuis des années. Sinner part favori, c’est indiscutable, mais Paris reste son grand non-dit. Zverev a le profil du finaliste chronique et Djokovic, celui du joueur qui se transcende quand ça compte. Et si Alcaraz joue, ce sera avec un poignet dont personne ne connaît vraiment l’état. Autant dire que les certitudes, cette année, il vaut mieux les ranger.



