Depuis 2023, Pogacar et Van der Poel ont remporté 17 des 19 derniers Monuments et Championnats du monde combinés. Ce chiffre dit l’essentiel sur l’état du cyclisme actuel. Pogacar a ceci de particulier : outre ses performances, il a aussi remis le raid solitaire au centre du jeu avec une fréquence et sur des distances qui n’avaient plus été vues depuis des décennies. La preuve : un solo de 80 km aux Strade Bianche 2026 et une victoire en solitaire après avoir lâché Van der Poel dans le Vieux Quaremont au dernier Tour des Flandres. Ou encore à Liège en 2025 avec une attaque à 34 km depuis la côte de la Redoute. C’est son mode opératoire : frapper tôt, loin et de préférence seul.

Évidemment, il y a les exceptions, comme sur les pavés. Paris-Roubaix lui a résisté deux ans de suite. On a encore le souvenir frais d’un Pogacar deuxième derrière Van Aert au sprint du vélodrome. Et ce n’est sans doute pas un hasard. En 2026, lorsque le Slovène a crevé, Visma et Alpecin ont délibérément accéléré pour exploiter l’incident et lui brûler les jambes à la poursuite. Une tactique d’ailleurs assumée par le directeur sportif de Visma. Ceci signifie donc que le peloton ne subit plus passivement le scénario. Il apprend à l’anticiper et à exploiter les failles quand elles se présentent.

Vingegaard et Seixas : les héritiers du solo
Mais Pogacar n’est pas le seul. Pour son retour à la compétition sur Paris-Nice 2026, Vingegaard a tout simplement liquidé la course. Il a terminé avec 4’23 » d’avance sur Martinez, soit le plus grand écart enregistré dans l’épreuve depuis 1939. Sur les étapes 4 et 5, il a placé deux attaques solitaires en montagne auxquelles personne n’a pu répondre. C’est le même langage que Pogacar a rendu familier ces dernières années, mais que le Danois a parlé avec la même fluidité en seulement huit jours de course. L’avertissement pour le Tour de France est là.

Paul Seixas reproduit lui aussi la méthode à une cadence qui donne le vertige, et ce à seulement 19 ans. Sur l’Ardèche Classic 2026, il a lâché tout le monde à 41 km de l’arrivée pour s’imposer seul avec 1’48 » d’avance sur le groupe. À l’Itzulia Basque Country, il a enchaîné trois victoires d’étape et dominé le classement général du premier au dernier jour, devenant au passage le plus jeune vainqueur d’une course par étapes WorldTour de l’histoire. Le raid solitaire n’est plus la signature d’un seul homme. C’est une arme que les meilleurs s’approprient dès leur deuxième saison au plus haut niveau.
Le temps des puncheurs qui savent attendre ?
Van der Poel, Skjelmose et Evenepoel incarnent une autre logique : pas le solo de 80 km, mais une explosion courte et une lecture plus tactique du final. Van der Poel a remporté de cette manière l’E3 2026, mais au Tour des Flandres il s’est fait lâcher dans le Vieux Quaremont par Pogacar. Skjelmose à l’Amstel 2025 a aussi battu Pogacar et Evenepoel au sprint à trois. C’est aussi la preuve que certaines courses résistent au solo par leur nature même.

Evenepoel à l’Amstel 2026 en ajoute une couche : tout le monde attendait une attaque à 50 km. Il ne l’a pas fait. Il a géré, attendu et gagné le sprint contre Skjelmose. Mais sans la chute de Vauquelin et de Jorgenson dans la descente de l’Eyserbosweg, ce final n’avait rien d’inévitable, car Jorgenson était très fort ce jour-là. Mads Pedersen, fort de 14 victoires en 2025, incarne lui aussi à merveille ce profil puncheur-sprinteur.
Liège comme verdict
Alors, la fin du raid solitaire ? Pas encore. Pogacar continue de gagner seul sur terrain accidenté et Vingegaard comme Seixas prouvent que l’arme reste redoutable entre les bonnes mains. Cela dit, on constate aussi que le peloton développe des réponses tactiques concrètes et que certaines courses se refusent au solo. Dans quelques jours, Liège-Bastogne-Liège va concentrer l’essentiel de ces questions : Pogacar en patron sur son terrain de prédilection, Seixas pour la toute première fois sur la Doyenne et Evenepoel qui compte deux victoires sur la course, mais ne les a jamais obtenues face au Slovène. Depuis deux éditions, Pogacar attaque depuis la côte de la Redoute. La réponse à la question sera peut-être là.




