Le résultat officiel dit que Tadej Pogacar a remporté le 112e Liège-Bastogne-Liège. Le classement dit aussi que Remco Evenepoel a fini troisième. Ce sont les faits. Mais une fois posés, ils ne racontent pas grand-chose de ce qui s’est vraiment passé dimanche dans les Ardennes.
Car la vraie lecture de cette course passe par un moment très précis. Dans La Redoute, Pogacar attaque à bloc, comme en 2024 et en 2025 et avec la même brutalité. Les données de course font état de deux pics de puissance à plus de 1.000 watts. Le peloton lâche. Sauf un. Paul Seixas, 19 ans, coureur de Decathlon-CMA CGM, fait l’élastique. Il décroche de quelques mètres, mais revient. Il ne cède définitivement que sur La Roche-aux-Faucons à 45 secondes du Slovène. Pogacar lui-même a avoué s’être préparé mentalement à un sprint pour la victoire. Dans la bouche du meilleur coureur du monde, cette confession vaut beaucoup.

Seixas, une confirmation
Ce résultat ne sort pas de nulle part. Seixas abordait Liège avec un printemps déjà exceptionnel : vainqueur du Tour du Pays-Basque devant Jonas Vingegaard, vainqueur de la Flèche Wallonne, deuxième des Strade Bianche. Sept victoires à 19 ans, dont cinq sur des épreuves WorldTour. Aucun coureur français de moins de 20 ans n’avait aligné un tel palmarès depuis Bernard Hinault en 1975.

La vraie question avant Liège était de savoir s’il pouvait tenir sur 260 km et 4.400 mètres de dénivelé. La réponse est oui et la manière compte. Il n’a pas profité d’un scénario tactique favorable : pas de coéquipier pour le protéger dans les moments décisifs, pas d’équipe pour l’amener dans La Redoute. Il a attaqué, résisté, puis cédé face au meilleur coureur du monde. Dans ces circonstances, une deuxième place le situe clairement parmi les meilleurs coureurs. À seulement 19 ans, faut-il le rappeler.
Evenepoel : le chiffre qui ne ment pas
Un podium sur un monument, c’est rarement un mauvais résultat. Mais la journée d’Evenepoel a été compliquée dès les premières minutes : emporté dans une chute au deuxième kilomètre, il s’est retrouvé dans une échappée de plus de cinquante coureurs pendant 160 km, seul leader avec un seul équipier, sans entente réelle dans le groupe. Son directeur sportif lui a demandé de rester calme et d’économiser ses forces. Il a appliqué les consignes et a réussi à ne pas dilapider inutilement son énergie dans cette première partie atypique.

Mais dans La Redoute, quand Pogacar a accéléré, Evenepoel a directement senti qu’il dépasserait sa limite. Il a lâché. Comme en 2025, dans la même ascension. L’an dernier, il avait ensuite abandonné toute ambition pour finir 59e. Cette fois, il s’est remobilisé pour aller chercher la troisième place au sprint dans le groupe des poursuivants. C’est un progrès. Sauf qu’il y a derrière ce progrès un écart difficile à minimiser : une minute et quarante-deux secondes de retard sur Pogacar, et environ une minute sur Paul Seixas, qui disputait Liège-Bastogne-Liège pour la toute première fois.
L’échappée n’explique pas tout
L’entourage du Belge a mis en avant les 160 km passés dans la fuite. Evenepoel lui-même précise avoir peu dépensé d’énergie dans cette configuration atypique et annonce que l’équipe analysera les données pour en mesurer l’impact réel. Ce contexte existe et mérite d’être mentionné. Mais même en accordant à ce facteur une part de responsabilité, l’écart avec Seixas, qui court sa première Doyenne, reste difficile à justifier par la seule fatigue.
On peut se consoler en estimant qu’Evenepoel a progressé sur ce printemps 2026 : podium sur le Tour des Flandres, victoire sur l’Amstel, troisième à Liège. Par rapport à l’année précédente, perturbée par sa grave chute en hiver, c’est une toute autre saison. Mais ses progrès ne lui permettent toujours pas de rivaliser avec Pogacar. Et désormais, un coureur de 19 ans s’interpose entre les deux. C’est une nouvelle réalité.
Juillet, l’échéance qui tranche
Evenepoel disputera le Tour Auvergne-Rhône-Alpes début juin avant d’aborder le Tour de France. Seixas, lui, attend toujours la décision de Decathlon-CMA CGM sur sa participation à la Grande Boucle, annoncée pour la semaine du 4 mai. Si le Lyonnais est au départ à Barcelone, le duel de juillet s’annonce à trois, voire quatre, avec Jonas Vingegaard.



