Il y a des buts qui s’impriment. Celui de Mika Godts samedi à NAC Breda en fait partie. À 20 ans, l’ailier de l’Ajax a traversé la défense adverse en slalom avant d’éliminer le gardien d’un geste d’instinct pur né d’un défenseur qui vacille et d’un joueur qui sent le moment. Le tout au Rat Verlegh Stadium, contre la même équipe de Breda, 22 ans exactement après le but légendaire de Zlatan Ibrahimovic.
La comparaison s’est imposée d’elle-même. Godts ne l’esquive pas. Il juge pourtant le but de Zlatan plus beau, plus technique, là où le sien repose davantage sur la vitesse. Une nuance qui dit beaucoup sur la lucidité du garçon. Car s’il y a un trait qui distingue Mika Godts dans le paysage des jeunes talents, c’est cette capacité à ne pas se laisser emporter par le bruit.

Des chiffres qui relativisent
Seize buts et treize passes décisives en Eredivisie. Semaine après semaine dans le onze-type du championnat. Ronald De Boer le dit sans détour : c’est le seul joueur de l’Ajax capable de faire la différence. Difficile de lui donner tort.
Sauf qu’il y a un chiffre qui tempère l’enthousiasme général. En Ligue des Champions cette saison, Godts affiche huit apparitions, aucun but et une seule passe décisive. Ce n’est pas un détail. C’est exactement là où la comparaison avec Ibrahimovic trouve ses limites. Zlatan avait quitté l’Ajax pour la Juventus en maîtrisant déjà les codes du très haut niveau européen. Godts reste pour l’instant un dominateur dans un championnat de moyenne gamme.

50 millions, vraiment ?
Transfermarkt l’évalue à 25 millions d’euros. Aad De Mos, lui, parle de plus de 50 millions. L’écart entre les deux chiffres est vertigineux. Mais aussi instructif. Il traduit une réalité : personne ne sait encore qui sera Mika Godts dans deux ans. De Mos s’appuie sur les comparaisons du marché. Si Alexander Isak vaut 150 millions et De Ligt en a coûté 70, un ailier de 20 ans avec ces statistiques mérite au minimum 50 millions.
Le raisonnement se tient. Problème : l’Eredivisie n’est pas la Premier League. Youri Mulder le dit clairement : il n’est pas encore prêt. Jon Dahl Tomasson est plus mesuré et voit un joueur qui aura besoin de temps dans son prochain club pour s’adapter. Deux observateurs qui connaissent le football néerlandais de l’intérieur. Ça mérite d’être pris au sérieux.
L’Espagne, l’Angleterre et le reste
Le FC Barcelone et Arsenal sont sur les rangs. L’AS Roma aussi, mais à un niveau financier et sportif inférieur. Manchester United avait sondé le terrain en mars. Tottenham cet hiver, avant que la situation des Spurs ne rende l’opération peu attractive. Fabrizio Romano l’annonce partant cet été et l’Ajax, en pleine crise institutionnelle, ne bloquera pas.
Tomasson parie sur l’Espagne pour le jeu, car il y a plus d’espace pour un attaquant et c’est un football plus adapté à son profil. Mais il concède lui-même que les clubs capables de débourser 50 ou 60 millions s’y comptent sur les doigts d’une main, hors Real-Atletico-Barça. L’Angleterre offre certes les finances, mais pas la même intensité physique. Autant dire que le choix de la destination sera aussi important que le choix du club.
Pas pressé de partir
Ce que dit Godts de son propre avenir est peut-être le détail le plus intéressant de tout ce dossier. En mars, il expliquait ne pas passer ses journées au téléphone avec son agent pour savoir quand partir. Il voulait gagner quelque chose avec l’Ajax. À 20 ans dans le football moderne, c’est quand même plutôt rare.

Ça ne veut pas dire qu’il restera. Il l’a dit lui-même : parfois des choses arrivent qu’on n’avait pas voulues. La porte est ouverte. Mais ce n’est pas Mika Godts qui l’a poussée. Samedi, il est sorti en se tenant les ischio-jambiers. Simples crampes, selon lui. Mika Godts n’est pas le nouveau Zlatan. Et il ne le sera peut-être jamais. Mais il est quelque chose de plus rare : un joueur de 20 ans dont les performances grimpent. Et ça, en son temps, Ibrahimovic l’avait aussi.



