Dans l’entourage d’Andrea Kimi Antonelli, on raconte volontiers qu’il est né sur un circuit. La formule est jolie, mais elle dit quelque chose de vrai : son père, Marco Antonelli, fondateur d’AKM Motorsport, l’a installé sur un kart à 2 ans à peine. À 5 ans et demi, il s’initie vraiment à la discipline. À 6 ans, casquette rouge de la Scuderia Ferrari vissée sur la tête, il pose avec son premier trophée. À 11 ans, il sait déjà que la vitesse sera son métier. Ce n’est pas une vocation tardive ni une révélation soudaine, c’est une trajectoire tracée avec une précision presque clinique. Et Mercedes l’a compris avant tout le monde.

C’est la famille Minardi qui fait le lien avec Toto Wolff. À la fin de l’année 2017, alors qu’Antonelli n’a pas encore 12 ans, Mercedes l’intègre à son programme de jeunes pilotes. La suite ressemble à une longue montée en régime : le karting, la Formule 4, puis un saut direct vers la Formule 2 en court-circuitant la Formule 3, une décision rare qui dit d’ailleurs tout de la confiance placée en lui. Les révisions entre deux circuits, les équations résolues avec l’aide des ingénieurs Mercedes sous les tentes des paddocks : le tableau est celui d’une formation totale qui dépasse le pilotage.
La décision qui a tout changé
Ce que l’on sait moins, c’est que cette histoire aurait pu s’écrire sous d’autres couleurs. Ferrari avait repéré Antonelli en karting, un repérage signé Massimo Rivola. À 11 ans, le jeune Bolonais est convoqué à Maranello et essaie même le simulateur réservé aux membres de l’académie. Tout semble est en place. Mais Maurizio Arrivabene, alors directeur de la compétition, estime que l’enfant est trop jeune. Quelques mois plus tard, Mercedes frappe à la porte et dit oui sans hésiter.
Ce rendez-vous manqué résonne aujourd’hui comme un symbole douloureux pour l’Italie. Car l’Italie attend. Depuis Alberto Ascari, champion du monde en 1952 et 1953, aucun pilote transalpin n’a décroché le titre. Plus de soixante-dix ans de disette, ponctués de talents indéniables mais jamais couronnés. Antonelli représente l’espoir le plus concret depuis des décennies et il porte les couleurs de Mercedes, pas de Ferrari. C’est le paradoxe que Luca di Montezemolo, entre autres, a formulé avec amertume après la victoire à Shanghai.

L’année des larmes avant l’année des records
Avant de parler de domination, il faut parler de 2025. Sa première saison en F1. Elle a été menée aux côtés de George Russel et elle n’a pas été un long fleuve tranquille. À mi-championnat, le doute s’est installé. Antonelli a perdu ses repères dans la voiture, la confiance s’est érodée et même les larmes sont arrivées. Il l’a avoué avec une franchise étonnante : il a souffert, il a douté et il s’est senti perdu. Ce passage difficile est souvent minimisé dans les récits qui célèbrent sa précocité, mais il est pourtant central pour comprendre ce qu’il montre en 2026. Car la force mentale se construit dans les moments où tout vacille.
La saison 2026 a commencé le 15 mars, à Shanghai, par une première victoire. Puis le Japon et enfin Miami ce week-end. Un moment fort où Antonelli est devenu le seul pilote de l’histoire à avoir converti ses trois premières poles positions en victoires consécutives. Il dépasse les statistiques que partageaient jusque-là Ayrton Senna et Michael Schumacher. Et le tout à 19 ans. Ces chiffres traduisent une capacité à performer sous pression, week-end après week-end, dans un championnat où McLaren reste menaçant et où Russell, en difficulté en Floride, attend son heure à Montréal.

Ce qu’il n’a pas eu à désapprendre
Guenther Steiner, ancien directeur de Haas, a peut-être fourni la meilleure clé de lecture au sujet du jeune prodige : Antonelli n’a pas de vieilles habitudes dont il doit se débarrasser. Ses rivaux, eux, ont conduit cinq ans avec l’effet de sol. Ils désapprennent en cours de saison, tentent de recalibrer des réflexes profondément ancrés. Lui construit sur une page blanche, sans devoir rien à effacer. C’est un avantage réel et c’est aussi une fenêtre. Mais rien n’est joué. Au fur et à mesure que la saison avance, les autres s’adaptent. Russell connaît Montréal par cœur. Et Antonelli n’est pas dupe : il sait que la saison est longue et que tellement de choses peuvent changer. Il l’a reconnu.

Toto Wolff, lui, ne cache pas son étonnement. Ces premières courses sont « stupéfiantes ». Ce qu’il n’avait pas prévu, c’est l’intensité de la série. Donner à Antonelli une bonne voiture et un moteur performant, c’était le plan. Que le jeune homme monétise chaque opportunité avec cette régularité, semaine après semaine, ça, personne n’osait vraiment y croire. L’Italie, elle, y croit. Depuis 1953, elle attendait ça. A voir si ça va continuer.


