Huit victoires depuis janvier, un printemps prolifique, une campagne des classiques plutôt maîtrisée. Sur le papier, le bilan 2026 de Remco Evenepoel a de quoi réjouir. Du moins de loin. Parce qu’à y regarder de plus près, le tableau se complique. À Liège-Bastogne-Liège, où tout devait se jouer face à Tadej Pogacar, le Brabançon a terminé troisième, sans jamais avoir été vraiment dans la bataille sur La Redoute. Son sprint a sauvé le podium. Mais sans plus. Le constat est donc là : le fossé entre Evenepoel et ses grands rivaux ne se comble pas.
Ce n’est pas nouveau. L’Amstel Gold Race remportée mi-avril à Valkenburg, l’a été en l’absence de Pogacar, de Van der Poel et de Vingegaard. Ses deux victoires à Liège-Bastogne-Liège, en 2022 et en 2023, ont eu lieu sans Pogacar sur le parcours. Sa seule grande victoire en course en ligne face aux meilleurs reste Paris en août 2024, il y a donc presque deux ans. Un jour et une seule exception. Car depuis, au Tour de France 2024, il a terminé troisième dans la roue des deux mêmes. En 2025, il a abandonné à la 14e étape pendant qu’ils se disputaient le maillot jaune. Le patron Klaas Lodewyck et tout le staff de Red Bull-BORA le savent : il faut changer quelque chose.

La reco plus que la compétition
C’est dans ce contexte que l’équipe a décidé de faire l’impasse sur le Tour Auvergne-Rhône-Alpes, du 7 au 14 juin. La course a cédé sa place à un bloc de préparation sur mesure : altitude, récupération et surtout un travail poussé de reconnaissance du parcours. On comprend la démarche pour plusieurs raisons. La première raison, c’est que Remco n’a pas besoin d’enchaîner les courses pour trouver son niveau. Il l’a prouvé en switchant du Tour de Catalogne vers le Tour des Flandres sans course intermédiaire, pour terminer troisième derrière Pogacar. Là où d’autres ont besoin d’accumuler, Evenepoel peut viser juste et presque immédiatement. C’est du moins le postulat.
La deuxième raison touche à la nature même du cyclisme d’aujourd’hui : les écarts au sommet sont devenus si ténus que chaque information sur le terrain devient un levier. Pour un Tour 2026 qui s’annonce particulièrement sélectif (avec 54.450 m de dénivelé, huit étapes de montagne dont deux arrivées consécutives à l’Alpe d’Huez dans la dernière semaine), ce capital de connaissance peut faire la différence à des instants où les rivaux improvisent. Et de toute façon, le Tour Auvergne-Rhône-Alpes est devenu une course de purs grimpeurs. Remco n’en tirerait rien d’utile à six semaines de la Grande Boucle.

Changer de corps avant Barcelone
Mais il y a encore un autre argument. Il est morphologique. Le Remco qui a couru ce printemps n’est pas le Remco qui devra performer en juillet. Construit pour les classiques, plus musclé qu’à l’ordinaire après un hiver de travail athlétique soutenu, il a gagné en puissance pour sprinter après six heures de course. Ça a marché. Mais le Tour impose une autre équation. Pogacar lui-même, dominateur sur le Tour de Romandie malgré un poids dit « de classiques », a expliqué qu’il allait encore s’affiner avant juillet.
Entre le 1er avril et le 4 juillet, la silhouette de Remco va donc changer. Un ou deux kilos de masse musculaire en moins pour aboutir à un profil plus léger pour les longues ascensions. Car ces semaines sans compétition sont aussi des semaines de transformation.

Ce n’est pas du repos, mais c’est une préparation d’un autre type et peut-être décisive. Et du côté de Red Bull-BORA, c’est aussi la signature d’un management qui fonctionne sur base de données et de décisions collectives, loin de la logique individuelle qui semblait prévaloir chez Soudal Quick-Step.

Tour de France 2026 : le verdict dans les cols
Remco prendra le départ du championnat de Belgique en ligne le 28 juin à Brasschaat avant de rejoindre Barcelone six jours plus tard. Ce sera sa première vraie course depuis Liège. Un pari a priori réfléchi. Mais Barcelone, cette fois, ne laissera aucune échappatoire. Pogacar sera là, Vingegaard aussi et il y aura en plus Paul Seixas, la révélation du printemps avec sa victoire sur la Flèche wallonne et sa deuxième place à Liège. La hiérarchie que Remco Evenepoel doit renverser au Tour de France 2026 n’aura jamais été aussi dense. Cette stratégie sera jugée dans les Pyrénées et dans les Alpes, mais pas avant.



