Quand vous parlez de MMA à quelqu’un ne s’intéressant pas outre mesure au sport, trois lettres lui viendront immédiatement en tête : UFC. L’Ultimate Fighting Championship est presque devenue un synonyme de MMA aux oreilles du profane, tant son monopole sur le milieu des arts martiaux mixtes est puissant. Toutes les stars du sport y évoluent ou y ont évolué. Mais la formule de l’UFC a changé : l’ère des Conor McGregor et Ronda Rousey, véritables phénomènes culturels dépassant les frontières du sport, est révolue.
Pourtant, aucune concurrence crédible n’est venu défier l’UFC. Le Bellator, longtemps considéré comme l’organisation n°2 de MMA, a cessé d’exister. Le PFL, son ambitieux « successeur », qui en a racheté le roster, peine à passer un cap. Sa dernière édition bruxelloise a montré que la Professional Fighters League savait créer des stars locales et les promouvoir, mais n’a pas encore de véritable visage à l’international. Pourquoi ? Parce que tout combattant de MMA ambitieux sur le plan sportif rêve, une fois sa carrière lancée, d’entrer dans l’octogone de l’UFC. En termes de prestige et, il faut le dire, de niveau, l’organisation de Dana White reste loin au-dessus de la concurrence.
L’UFC et les salaires, un long débat
Mais depuis quelques années, les lignes bougent. Sur un thème surtout : la paye des combattants. Alors que l’UFC est l’une des organisations sportives les plus rentables au monde, elle ne dédie que 18 à 20 % de ses bénéfices aux salaires de ses combattants. Les stars de l’UFC gagnent des salaires à 6 ou 7 chiffres, mais il n’est pas rare qu’un combattant plus anonyme touche – par exemple – 20.000 euros par combat, auxquels peut s’ajouter la même somme en cas de victoire et un éventuel bonus de performance.
Un athlète combat en moyenne entre deux et quatre fois par an, mais ces salaires ne sont pas nets (chaque État américain taxe plus ou moins cette paye, et certains pays comme l’Australie prennent un montant très élevé), et surtout, ils n’incluent pas les coûts liés à l’organisation des combats. Chaque combattant de l’UFC doit payer ses coachs, ses nutritionnistes, les frais liés à sa semaine de combat . Bref : à moins de très vite devenir une star, vous ne devenez pas facilement millionnaire en faisant du MMA.

Et être une star ne suffit pas toujours. Jon Jones, largement considéré comme l’un des plus grands combattants de MMA de tous les temps, est entré en conflit très souvent avec Dana White concernant son salaire. Francis Ngannou a quitté l’UFC en très mauvais termes pour des raisons comparables, mais aussi parce que l’organisation l’empêchait d’affronter Tyson Fury dans un ring de boxe. En réalité, à l’UFC, si vous ne vous appelez pas Conor McGregor, il est très compliqué d’obtenir ce que vous voulez.
Jake Paul, un vrai « game changer » ?
La boxe, c’est d’ailleurs devenu l’eldorado des combattants de MMA souhaitant toucher le pactole. McGregor avait gagné 50 millions d’euros rien qu’en affrontant Floyd Mayweather dans un ring : ironiquement, cet événement avait été co-organisé par l’UFC… et a ouvert une boîte de pandore que celle-ci a bien du mal à refermer. On ne compte plus les ex-combattants de l’UFC ayant enfilé les gants de boxe pour une paye incomparablement plus élevée. C’est là qu’intervient Jake Paul.
Ancien enfant chéri de Disney Channel devenu YouTubeur et podcasteur, Jake Paul a ensuite entamé une carrière de boxeur professionnel en 2020. Jake Paul et son frère Logan ont grandement contribué à développer ce qu’on surnomme aux USA « influencer boxing », la boxe d’influenceurs : des personnalités médiatiques s’affrontant dans un ring de boxe pour une large audience peu connaisseuse.
Et quoi qu’on pense de ses compétences de boxeur, Jake Paul est un businessman de génie. Il comprend vite que pour se donner de la crédibilité, affronter des combattants de l’UFC est idéal. Après quelques combats face à d’autres influenceurs, il affronte donc les anciens de l’UFC Ben Askren et Tyron Woodley… qu’il bat facilement, mais qui touchent le meilleur salaire de leur vie. On parle pourtant de grands noms de l’UFC, où Woodley a été champion pendant plusieurs années.
En parallèle, Jake Paul prend la parole sur le salaire des combattants à l’UFC, qu’il estime nettement trop bas. Il fonde sa propre organisation médiatique et sportive, MVP (Most Valuable Promotions), en 2021, et s’oriente initialement vers l’organisation d’événements de boxe en partenariat avec DAZN. Mais dès 2024, MVP signe un partenariat avec Netflix pour la diffusion du combat entre Jake Paul et Mike Tyson, qui est vu par 65 millions de personnes ; en 2025, Paul affronte l’ancien champion poids-lourds Anthony Joshua sur Netflix également. Enfin, en 2026, MVP organise son premier événement de MMA.
MVP espère faire de l’ombre à l’UFC
Pour l’occasion, Jake Paul frappe fort : Ronda Rousey fait son retour en MMA pour la première fois depuis 2016. L’UFC avait déjà tenté de convaincre son ancienne championne de revenir dans la cage, sans succès. Elle affronte – et bat en 17 secondes – Gina Carano, et les deux femmes touchent un véritable pactole : 2,2 millions d’euros pour Rousey, 1,05 pour Carano. Lors de la même soirée, Francis Ngannou combat également et touche 1,5 millions d’euros, tandis que l’ancien rival de Conor McGregor à l’UFC, Nate Diaz, y affronte Mike Perry et gagne 500.000 euros.
Plus important encore que ces salaires très élevés, c’est le succès de la carte qui impressionne. Les observateurs, notamment sur MMA Fighting, estimaient qu’il faudrait dépasser les 9 millions de streams pour que l’événement soit une réussite. Il fera bien mieux que ça avec 17 millions de spectateurs à l’échelle mondiale, et 11 millions aux seuls USA. C’est tout simplement un record pour un événement de MMA, plus que n’importe quel combat de Conor McGregor.
La question se pose donc désormais : MVP et Jake Paul peuvent-ils faire trembler l’UFC sur ses bases ? L’organisation reine de MMA n’a plus de star capable d’attirer des millions de spectateurs… à l’exception d’un Conor McGregor vieillissant, dont le retour a été annoncé en parallèle à la diffusion de l’événement MVP sur Netflix. Un timing qui n’est pas un hasard, bien évidemment. Mais même si le retour de l’Irlandais fera un vrai carton, tout comme l’événement exceptionnel organisé sur le gazon de la Maison Blanche dans le cadre des célébrations des 250 ans des USA, les chiffres de Netflix et MVP ne peuvent pas être égalés.
Organiser des événements ponctuels, cependant, n’est pas comparable à l’organisation et la gestion d’une entreprise telle que l’UFC. MVP ne compte a priori pas créer de système de ceintures et de rankings, mais simplement organiser quelques cartes par an. Reste que ces événements pourraient faire réfléchir certains combattants : pourquoi signer à l’UFC s’il est possible de gagner beaucoup plus sur Netflix ? L’exemple du Français Salahdine Parnasse, champion du KSW dont on attendait impatiemment la signature à l’UFC… mais qui a préféré combattre sur la première carte MVP, est frappant en ce sens. Jake Paul ne mettra pas l’UFC à terre. Mais il est un caillou dans la chaussure de Dana White, c’est une certitude…



