Rudi Garcia a la réputation d’un sélectionneur prudent et attaché à ses certitudes. Douze matchs en 4-3-3 depuis sa prise de fonction et puis, à dix jours de l’ouverture du Mondial, un 3-5-2 sorti de nulle part contre la Croatie, 11e nation mondiale. La surprise a été réelle.
À Rijeka, Amadou Onana reculait en défense centrale, flanqué de Nathan Ngoy et Arthur Theate, tandis que Saelemaekers et De Cuyper occupaient les couloirs comme pistons. Devant, De Ketelaere et Doku formaient un duo offensif inédit.
Ce n’était pourtant pas une improvisation. Youri Tielemans l’a précisé après le match : le schéma avait été travaillé dès mars, lors de la tournée américaine. Les circonstances n’avaient pas permis de le tester. Garcia a saisi la fenêtre croate pour le faire. La victoire 0-2 lui a donné raison, au moins sur le fond.

Onana, la pièce centrale du puzzle
Repositionner Onana en défense centrale à dix jours du Mondial, c’est le choix le plus commenté et le plus risqué de Garcia. Dans les faits, Onana a les arguments physiques pour y tenir : le gabarit, le jeu aérien et la qualité de relance. Mais des lacunes sont apparues. Il lui est arrivé de trop monter dans la couverture, laissant le centre exposé. La relance a parfois manqué de vitesse dans un système qui exige de la verticalité. Ce sont des automatismes qui s’acquièrent avec le temps. Sauf que le temps manque.
Onana lui-même a été clair après le match : il est milieu, c’est là qu’il se sent le mieux, mais il jouera partout où Garcia le demande. C’est la bonne réponse, mais ça ne règle pas la question pour autant.
Ce qui ne s’est pas discuté, en revanche, c’est la solidité collective. Le bloc était compact, le trio défensif engagé, Tielemans et Raskin efficaces en filtres devant. La Belgique a concédé peu, terminé avec une clean sheet. Courtois a dit avoir vu à l’entraînement que ça pouvait marcher. Pour Ngoy, rompu à ce système à Lille, c’était une confirmation plus qu’une découverte.

Le prix offensif
L’autre constat est unanime et sans appel : la Belgique n’a pas produit offensivement. L’animation était pauvre, les combinaisons rares et le danger quasi inexistant par séquences entières. Si ce système est retenu pour le Mondial, il faudra trouver autre chose dans le dernier tiers. Dans ce schéma, les Diables seront moins dangereux offensivement qu’en 4-3-3. C’est une question d’équilibre et c’est à Garcia de le régler.
Maxim De Cuyper a lui-même admis ne pas avoir livré son meilleur match sur le plan offensif, malgré un confort personnel dans le rôle de piston gauche. La connexion avec Doku a mis du temps à s’établir : le Diable de City évoluait dans une position plus centrale qu’à son habitude, ce que Courtois ne considère pas comme idéal pour lui. Kevin De Bruyne a été plus lapidaire, comme à son habitude : la Belgique aurait pu mieux jouer avec le ballon. Pas d’enrobage, juste un constat.
De Ketelaere, victime collatérale
Charles De Ketelaere est le joueur qui illustre le mieux le paradoxe de ce système. Dans un rôle de deuxième attaquant sans vrai appui, sans numéro 9 autour duquel graviter, il a évolué dans le vide. Il a proposé des choses, cherché des espaces, mais ses appels sont restés sans réponse. Pire, l’entrée de Lukaku en seconde période a rendu l’écart de personnalité encore plus palpable. Lukaku a polarisé les ballons dès ses premières minutes. CDK n’a pas cette capacité-là. Ou pas encore. C’est une question de statut autant que de schéma.

Ce que Garcia retient
Le sélectionneur n’a toutefois pas prétendu avoir trouvé la formule définitive. La Belgique ne commencera pas forcément contre l’Égypte avec ce système, mais elle sait désormais qu’elle peut le faire. La nuance est importante. Ce 3-5-2 n’est pas un plan A, ni même un plan B : c’est une option que Garcia peut activer en cours de match ou dès le coup d’envoi selon l’adversaire. C’est de la flexibilité, mais pas la révolution.
🗣️ l Thibaut Courtois sur la jeunesse des Diables rouges (HLN)
— Ma Pro League (@MaProLeague) June 3, 2026
"Les jeunes sont très à l'écoute et ont envie d'apprendre. De notre côté, les plus expérimentés essayons d'embarquer tout le monde avec nous. Il y a une très bonne ambiance dans le groupe. C'est un bon début."
📸… pic.twitter.com/AcfWpDspzB
Reste que le match contre la Tunisie ce samedi devra servir de test plus sérieux. Contre la Croatie, le danger offensif adverse a été limité. Mais face à des équipes qui pressent haut et imposent leur rythme, les lacunes en possession pourraient coûter plus cher. C’est là que Garcia devra décider : affiner le 3-5-2 jusqu’à le rendre viable dans les deux sens. Ou alors le garder comme joker. Le Mondial commence le 15 juin. Le temps presse.



