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La dernière fois que Remco Evenepoel a épinglé un dossard sur son maillot, c’était le 26 avril à Liège-Bastogne-Liège. Il a terminé troisième derrière Pogacar et Seixas. Depuis, plus rien. Et ça ne changera pas avant le 4 juillet à Barcelone, soit 68 jours d’écart entre deux compétitions. Pour un prétendant au podium du Tour de France dans l’ère moderne, c’est une pause inédite. Aucun vainqueur de la Grande Boucle, ces trente dernières années, n’a abordé l’épreuve avec un tel vide compétitif en prélude. Et celles et ceux qui se souviennent de Vingegaard en 2024 qui avait été aussi absent longtemps avant le Tour doivent se souvenir que le Danois y avait été contraint par une chute. Evenepoel, lui, a choisi.

© Vincent Kalut/Photo News – Remco Evenepoel

Le choix s’est fait début mai quand Red Bull-BORA-hansgrohe a officiellement retiré le Tour Auvergne-Rhône-Alpes du programme belge. La décision repose sur un constat d’après-classiques : 25 jours de course dans les jambes, des réserves déjà entamées selon les examens post-Liège et la conviction que rajouter du kilométrage compétitif ne ferait qu’user un coureur déjà chargé. Pour Zak Dempster, chef des sports de l’équipe, l’objectif est qu’Evenepoel arrive à Barcelone le plus frais possible.

196 km, 5.045 m, 425 watts

La préparation Tour de France d’Evenepoel ne ressemble évidemment pas à des vacances. D’abord plusieurs semaines de stage en altitude à Sierra Nevada avec de longues sorties, séances courtes et intenses à basse altitude, travail sur le vélo de chrono, ascensions de longs cols et encadrées par un staff complet : entraîneur, nutritionniste, ostéopathe, médecin. Patxi Vila, directeur sportif espagnol, a résumé l’intention à la presse : il s’agit de construire les fondations avant de passer au spécifique, maîtriser la charge et le stimulus sans jamais lâcher le contrôle du processus.

Ce lundi, Evenepoel s’est déplacé dans les Alpes françaises pour une simulation de montagne grandeur nature. Six heures trente sur le vélo, 196 km, 5.045 mètres de dénivelé positif à 30,5 km/h de moyenne avec à peine 18 minutes d’arrêt sur toute la sortie. Les cols enchaînés (Pierre Carrée, Colombière, Croix Fry, Saisies) ne font pas partie du parcours officiel du Tour. Ce n’est pas une reconnaissance, mais c’est une simulation de journée de haute montagne, calibrée au nord du Plateau de Solaison, où arrive la 15e étape. Ça ne laisse aucun doute sur le niveau de ciblage de cette préparation au Tour de France d’Evenepoel.

À ça s’ajoute un chiffre sorti cette semaine et rarissime à ce niveau de compétition : 425 watts au seuil, communiqués publiquement par Evenepoel lui-même sur YouTube lors d’une séance contrôlée en altitude supervisée par Dan Lorang. Des valeurs de classe mondiale, compatibles avec la lutte pour le classement général sur trois semaines et que peu de coureurs acceptent de rendre publiques.

La vraie question

Cela dit, la préparation Tour de France d’Evenepoel soulève un problème que les watts ne règlent pas : l’absence totale de compétition. Sa première sortie en course depuis soixante-huit jours sera le contre-la-montre par équipes sur les pavés de Barcelone, ce qui est tout sauf une reprise en douceur. C’est même une bascule brutale dans le feu d’une Grande Boucle où chaque équipier est en pic de forme.

Pire, la mémoire de 2025 rôde. Evenepoel avait abandonné ce Tour sur une préparation déjà perturbée par une blessure hivernale. Cette année, le contexte est différent, car le printemps a bien fonctionné, la motivation est intacte. Mais Tadej Pogacar vient d’écraser le Tour de Suisse, Jonas Vingegaard sort vainqueur du Giro avec cinq succès d’étape et Paul Seixas aligne les performances de référence depuis janvier.

© Ivan Benedetto / Sprintcyclingagency/Bettini/Photo News – Remco Evenepoel

Dans la hiérarchie des favoris, Evenepoel occupe la sixième place. Derrière Pogacar, Vingegaard, Seixas, Ayuso et Del Toro. Ce rang reflète une réalité : ses difficultés en très haute montagne restent une interrogation et aucune course récente ne permet de les invalider. Mais s’il arrive à Barcelone dans l’état de fraîcheur visé, s’il passe le premier week-end sans encombre et si ses jambes répondent en altitude, il aura alors le niveau pour se mêler à la lutte pour le podium. La question, c’est donc de savoir si une préparation aussi atypique peut remplacer ce que seule la compétition apporte. Réponse le 4 juillet.

Catégories :
Cyclisme

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