820
Views

Le meilleur de Remco Evenepoel est encore à venir et le Lioran en a apporté une preuve de plus. Troisième au classement général, à seulement trente secondes de Jonas Vingegaard, le Brabançon rappelle que son objectif fixé l’hiver dernier n’a jamais été une formule de circonstance.

Un exercice qui n’était pas le sien

La montagne, c’est le terrain où l’on attendait Evenepoel au tournant. Pendant des années, ses détracteurs y trouvaient leur meilleur argument. Cela s’est nettement estompé. Le champion olympique l’avait annoncé lui-même : se rapprocher de Pogacar et de Vingegaard, voilà la mission. Combler l’écart avec le Slovène reste un vœu pieux pour tout le monde. Mais devancer le Danois de douze secondes dans un exercice qu’il maîtrise moins naturellement, c’est autre chose. C’est le résultat d’un travail précis, mené en stage avec cette échéance en ligne de mire.

Remco Evenepoel
© Luca Bettini/Pool/Photo News – Remco Evenepoel

Le deuxième massif du Tour est un terrain piégeux avec des aller-retour permanents entre montée et descente sur des routes où le macadam chauffe comme rarement cette saison. Une étape qui ne pardonnait rien au lendemain d’un jour de repos, souvent difficile à digérer pour l’organisme. Evenepoel a roulé contre sa nature pendant l’essentiel du parcours, économe dans les portions où d’autres cherchaient déjà la faille. Sauf dans les deux cents derniers mètres, où il a sorti l’arme qu’on lui connaît pour aller chercher la deuxième place et la bonification de six secondes.

Décroché, mais pas résuni

Le col de Font de Cère n’était pourtant pas le plus redoutable de la journée. Vingegaard y a imprimé un rythme lessivant et Evenepoel a craqué, contrairement à Lipowitz. Problème, la crainte d’une contre-performance s’est installée sur cette portion. Mais le Brabançon ne s’est jamais désuni. Il a lissé son effort, géré sans céder à la panique, pour garder des ressources en vue du sprint final.

Remco Evenepoel
© Tomas Sisk/Photo News – Remco Evenepoel

Le rythme a été élevé toute la journée, un rythme attendu vu l’attitude d’UAE qui avait placé Pogacar dans le col du Pertus pour une attaque. Evenepoel a confié à la presse qu’il s’était battu pour arracher le meilleur résultat possible malgré ce décrochage dans la dernière bosse provoqué par une accélération brutale qu’il juge contraire à sa manière de courir.

Une co-direction à deux voix

Chez Bora-Hansgrohe, l’équation reste à deux, mais elle n’en est pas plus simple. Evenepoel et Lipowitz partagent une co-direction assumée par l’équipe avant même le départ du Tour, un choix rare à ce niveau, où l’on préfère d’ordinaire trancher clairement en faveur d’un seul homme. Au Lioran, quand Evenepoel a craqué dans le col de Font de Cère, c’est Vingegaard, l’adversaire déclaré chez Visma, qui a imposé le rythme et non un coéquipier. Lipowitz, de son côté, est resté sur ses propres jambes, sans jouer les équipiers de luxe pour un partenaire en délicatesse. Une répartition des rôles qui interroge à l’heure où UAE concentre toutes ses forces derrière Pogacar et où Visma fait de même autour de Vingegaard. Evenepoel a confié à la presse que le plan était respecté, qu’il se sentait bien et en confiance et que le week-end à venir donnerait d’autres indications. A voir.

Ce qui a changé

Au sommet du classement, la hiérarchie derrière les deux favoris continue elle aussi de bouger. Au Lioran, Evenepoel a repris une minute à Isaac Del Toro, le jeune et meilleur lieutenant de Pogacar chez UAE et ce n’est pas un détail : c’est un rival direct pour le podium qui recule un peu plus. La troisième place se confirme, l’écart avec Vingegaard fond et la question d’une deuxième place finale n’a plus rien d’incongru. L’étape de plaine à Nevers, mercredi, n’y a rien changé : la photographie du général reste celle dessinée au Lioran.

Remco Evenepoel
© Tomas Sisk/Photo News – Remco Evenepoel

Reste que cette progression au classement se joue sur deux fronts distincts. Face à Pogacar et Vingegaard chez UAE et Visma, Evenepoel reste dans la position du chasseur, celle qu’il a acceptée dès l’hiver dernier. Mais un autre rapport de force se joue à l’intérieur même de sa propre équipe et celui-là ne se lit pas au classement général. Red Bull-Bora-Hansgrohe a fait le choix, avant le départ, d’une co-direction assumée entre Evenepoel et Lipowitz, deux hommes capables l’un comme l’autre de viser Paris. Une répartition des rôles qui devient, étape après étape, l’autre feuilleton de ce Tour.

Catégories :
Cyclisme

Comments are closed.